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Si le Congrès américain avait écouté Cynthia McKinney, l'Amérique serait-elle aujourd'hui dans une telle situation politique désastreuse ?

  • Writer: Nicoletta Fagiolo
    Nicoletta Fagiolo
  • 9 hours ago
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En lisant Ain’t Nothing Like Freedom (Rien ne vaut la liberté), l’autobiographie publiée en 2013 par la députée Cynthia McKinney, on ne peut s’empêcher de se demander pourquoi ses analyses pertinentes et ses décisions politiques, alors qu’elle siégeait au Congrès, ont été ignorées par ses collègues. Si le Congrès avait à l’époque tenu compte des nombreuses préoccupations de McKinney, tant en matière de politique intérieure qu’extérieure, la politique américaine ne serait peut-être pas aujourd’hui aussi dépourvue de substance et de vision.


Cynthia McKinney est née le 17 mars 1955 à Atlanta, en Géorgie, de Leola Christion McKinney, inRrmière, et de James Edward « Billy » McKinney, policier, militant des droits civiques et député de longue date à la Chambre des représentants de l’État de Géorgie.


McKinney a suivi des études supérieures en relations internationales à l’Université de Californie du Sud, puis en droit et diplomatie à la Fletcher School de l’Université Tufts, à Medford, dans le Massachusetts. En 1984, elle a occupé un poste de chargée de mission diplomatique au Spelman College d’Atlanta. Elle a ensuite enseigné les sciences politiques à l’Agnes Scott College de Decatur et à l’université Clark d’Atlanta. McKinney a rejoint son père à l’Assemblée législative de Géorgie en 1988. Elle a ensuite siégé à la Chambre des représentants des États-Unis, où elle a représenté les 11e et 4e circonscriptions de Géorgie en tant que démocrate pendant six mandats (1993-2003 et 2005-2007).


Dans Ain’t nothing like freedom, elle évoque des épisodes de la vie de son père : « À son retour en Géorgie après avoir combattu sur les théâtres d’opérations européens, alors qu’il portait encore son uniforme de l’armée américaine, Billy a été arrêté pour avoir bu à une fontaine réservée aux Blancs. » James Edward McKinney a ensuite rejoint les rangs de la police d’Atlanta en 1948, devenant l’un de ses premiers agents afro- américains. Il a également mené une manifestation solitaire, faisant le piquet devant le quartier général de la police d’Atlanta pendant ses jours de congé, pour protester contre le fait que les policiers noirs n’étaient pas autorisés à arrêter des Blancs.[i] On oublie souvent ce que signiRait la ségrégation, et ces quelques détails ravivent le souvenir d’une période sombre de l’histoire américaine dont les conséquences doivent encore souvent être traitées.


Pendant son mandat, Cynthia McKinney a cherché à promouvoir des valeurs communes allant au-delà de la diversité raciale. Lorsqu’elle a lancé les « District Days » dans les dikérents tribunaux de comté aRn de rencontrer directement ses électeurs, elle a remarqué que ses électeurs noirs ne se présentaient pas et a compris que cela tenait au fait que ces tribunaux avaient été le théâtre de violences raciales, notamment de lynchages, qui y avaient été soit tolérées, soit commises.


McKinney se souvient que, alors qu’elle travaillait au sein de la commission agricole de la Chambre des représentants et organisait un voyage à Washington pour les agriculteurs de Géorgie, seuls les agriculteurs noirs de sa circonscription s’étaient présentés ; pourtant, lorsque, quelques semaines plus tard, une sécheresse a frappé la région, les agriculteurs blancs ont sollicité son aide et ont été stupéfaits de constater à quel point elle était disposée à leur venir en aide. Ils ont admis qu’un préjugé racial injustiRé les avait poussés à boycotter le voyage qu’elle avait organisé à Washington pour les agriculteurs de la région.


Cynthia McKinney a été une Rgure centrale et le moteur de plusieurs audiences décisives lorsqu’elle occupait le poste de membre de rang le plus élevé de la commission des relations internationales de la Chambre des représentants. Elle a consacré une grande partie de son attention à l’instabilité dans la région des Grands Lacs, et a très tôt compris que les événements survenus au Rwanda entre 1990 et 1994 constituaient en réalité un changement de régime orchestré par les États-Unis et que Paul Kagame n’était qu’une marionnette de Washington. McKinney s’est rapidement rendu compte, en faisant R de la propagande massive, relayée aussi par de nombreuses ONG, du rôle des États-Unis tant dans le génocide rwandais que dans l’invasion du Congo qui a suivi, un génocide qui se poursuit aujourd’hui et qui est considéré comme le pire en termes de soukrances humaines et de morts depuis la Seconde Guerre mondiale :depuis 1996, 12 millions de Congolais ont péri à la suite de cette invasion soutenue par les États-Unis par l’intermédiaire de leurs mandataires, le Rwanda et l’Ouganda. Dès le 31 août 1999, McKinney adressa une lettre au président Bill Clinton dénonçant sa fausse posture de « Renaissance africaine » : « votre incapacité à intervenir et à mettre Rn à l’invasion illégale de la République démocratique du Congo par vos alliés, l’Ouganda et le Rwanda, a directement conduit à la commission de crimes contre l’humanité par leurs troupes en République démocratique du Congo.»[ii] Ayant personnellement rencontré le président congolais de l’époque, Laurent-Désiré Kabila, celui-ci lui avait conRé qu’il craignait pour sa vie : il a été assassiné en 2001 pour ne pas avoir cédé à la pression américaine visant à balkaniser son pays et à céder l’est, riche en minerais, au Rwanda et à l’Ouganda. Aujourd’hui, dans un vide historique, la politique étrangère américaine poursuit sa supercherie en feignant de négocier un accord de paix.


Les quatre audiences organisées par McKinney sur la région des Grands Lacs sont essentielles pour comprendre la situation actuelle de cette région en proie à des consits.


Lorsqu’elle siégeait à la commission des forces armées de la Chambre des représentants, elle était la seule députée au Congrès à voter contre le budget du Pentagone chaque année. À sa grande surprise, lorsqu’elle a rejoint la commission, elle a convoqué le personnel de celle-ci pour lui demander d’examiner le projet de loi d’autorisation budgétaire, et s’est rendu compte que personne n’en avait vraiment envie et que de telles demandes étaient rares.


En 2006, McKinney n’a pas hésité à interroger le secrétaire à la Défense de l’époque, Donald Rumsfeld, sur la perte de milliers de milliards de dollars non justiRés par le Pentagone ou sur ses contrats avec des entreprises qui laissaient présager des consits d’intérêts, certaines ayant par ailleurs un bilan douteux en matière de droits de l’homme. Lors de son examen de la guerre au Soudan, elle a proposé une législation visant à retirer de la bourse les entreprises américaines si elles étaient reconnues complices de violations des droits de l’homme.


À l’époque, McKinney avait organisé la seule réunion d’information au Congrès critiquant les conclusions erronées et les recommandations fallacieuses de la commission sur les victimes du 11 septembre. Près de trois ans après le début du dernier génocide palestinien, il est intéressant de noter que Cynthia McKinney est la seule ancienne députée américaine à avoir pris part à une sottille en faveur de la Palestine. La première mission visant à briser le blocus naval de Gaza menée par le Mouvement Free Gaza a eu lieu en août 2008. En décembre de la même année, pendant l’opération Operation Cast Lead (Plomb durci), McKinney est montée à bord du SS Dignity, qui a été attaqué par la marine israélienne. Elle se trouvait à bord du Spirit of Humanity en juin 2009 lorsque celui-ci a été intercepté ; elle a alors été détenue et expulsée par les autorités israéliennes. Elle a écrit une lettre ouverte au président Barak Obama pour lui demander de ne pas rester silencieux, ce qu’elle considérait comme une forme de complicité, et de négocier directement avec le Hamas, qui était le représentant palestinien légitimement élu. Elle a souligné le droit des Palestiniens à résister à l’occupation, conformément à la Déclaration universelle des droits de l’homme.


McKinney, dont la valise était remplie de crayons de couleur destinés aux enfants désespérés de Gaza, a écrit une lettre depuis une prison israélienne le 2 juillet 2009 : « Le sionisme a sans aucun doute perdu toute légitimité si c’est ainsi qu’il traite des personnes qui croient si profondément aux droits de l’homme pour tous qu’elles risquent leur propre vie pour sauver celle d’autres enfants. Israël est l’expression la plus aboutie du sionisme, mais si Israël craint pour sa sécurité parce que les enfants de Gaza ont des crayons de couleur, alors non seulement Israël a perdu le dernier lambeau de sa légitimité, mais il doit être déclaré État défaillant. »[iii]


McKinney a également participé au Tribunal Bertrand Russell sur la Palestine, qui s’est ouvert en 2011 au Cap, en Afrique du Sud, et qui peut être considéré, avec le recul, comme un signe avant-coureur de la plainte pour génocide déposée par l’Afrique du Sud devant la Cour internationale de justice le 29 décembre 2023.


Le 8 juin 2026, le député Thomas Massie (R-KY) a prononcé un discours à la Chambre des représentants au sujet de l’incident de l’U.S.S. Liberty, appelant à l’ouverture d’une enquête sur cet incident survenu le 8 juin 1967, incident que McKinney avait évoqué sur CNN à la suite de sa première tentative de voyage vers Gaza en décembre 2008, mais qui avait été censuré à l’époque.


En mai 2011, elle a emmené une délégation d’observateurs en Libye aRn de surveiller la prétendue intervention humanitaire de l’OTAN pendant le bombardement de Tripoli. Le livre The Illegal war on Libya (La guerre illégale contre la Libye), publié en 2012, constituait ainsi un témoignage de première main sur les crimes commis par les États- Unis et leurs alliés de l’OTAN.[iv] McKinney ne s’est pas contentée de dénoncer ces injustices, elle s’est rendue sur place au péril de sa vie.


En matière de politique intérieure, McKinney avait beaucoup à dire sur la fraude électorale, l’inexcacité du vote électronique, la situation des sans-abris et des anciens combattants, les salaires décents, la responsabilité des entreprises, les questions environnementales, ainsi que l’influence croissante et incontrôlée des groupes d’intérêts sionistes dans la politique américaine.


Autant de thèmes que son autobiographie avait déjà laissés entrevoir et qui font aujourd’hui l’objet d’un vif débat.


McKinney s’est également présentée comme candidate à la présidence pour le Parti vert en 2008. Son discours d’acceptation prononcé lors de la convention du Parti vert à Chicago le 12 juillet 2008 constitue un modèle de ce que devraient être les politiques américaines aujourd’hui, tout comme l’indignation justiRée qu’elle exprime : « Seul un gouvernement malade placerait un banquier entre un élève et son enseignant. Un lobbyiste des assurances entre un patient et son médecin. Le mensonge et l’espionnage avant la vérité sur le 11 septembre et la Constitution. Seul un gouvernement malade placerait une famille fortunée, sa gigantesque entreprise et ses aliments génétiquement modiRés, de la nourriture Frankenstein, vendus de force, entre nous et les aliments biologiques qui sont bons pour notre santé et que les agriculteurs préféreraient cultiver. »[v]


McKinney souligne que pour apporter un changement positif, il faut non seulement connaître ceux qu’elle qualifie de « secoueurs d’arbres » (de « pionniers ») qui ont agi avant son époque, mais aussi collaborer avec ceux d’aujourd’hui. Martin Luther King Jr. était l’un de ses modèles ; elle écoutait souvent ses discours lorsqu’elle était victime de harcèlement pour avoir osé s’exprimer. Les « secoueurs d’arbres » de son époque, dont de nombreux lanceurs d’alerte, ont été pour elle une source d’inspiration et des alliés pour dire la vérité au pouvoir, selon ses propres termes, « dire la vérité au pouvoir aRn de donner du pouvoir ».


Elle considérait que l’un des principaux leviers du changement résidait dans la mobilisation à tous les niveaux, une stratégie encore critiquée par les intellectuels et les responsables politiques américains. Elle était souvent la seule au Congrès à prendre position, que ce soit lors de manifestations contre la guerre ou lors de la reconstitution de la tentative de traversée du pont de la ville de Gretna, soulignant le manque d’attention accordé aux événements survenus pendant et après l’ouragan Katrina. Bien qu’elle se souvienne que Nancy Pelosi avait interdit aux démocrates de participer à la commission spéciale sur Katrina, McKinney a non seulement participé, mais a également demandé à organiser sa propre audition. Des faits troublants ont été révélés concernant « l’évacuation sélective, les provocations de la police envers des enfants à l’aide de lasers et d’armes à feu, et le meurtre sur le pont Danziger », ainsi que les agissements de la police qui avaient empêché les survivants de fuir les bayous.[vi]


Elle a présenté d’importants projets de loi liés à l’ouragan Katrina, notamment celui visant à priver pendant un an de tout Rnancement fédéral tout service de police ayant empêché les sinistrés de l’ouragan Katrina de fuir les inondations. Elle a ouvert une enquête au sein de son propre bureau après avoir conRrmé des informations selon lesquelles des corps criblés de balles auraient été jetés dans les bayous de Louisiane par des membres de la Croix-Rouge. L’enquête a été interrompue dès qu’elle a quitté ses fonctions.


Elle savait que le Bureau fédéral d’enquête (FBI) recourt à des tactiques visant à « démasquer, perturber ou neutraliser » ses opposants dans le cadre de ce qui allait devenir le programme COINTELPRO. Ce programme avait alors été utilisé comme un outil de répression contre les mouvements du Black Power, anti-guerre, de la « Nouvelle Gauche », pour l’indépendance portoricaine et amérindiens. [vii] McKinney suggère que « tous les lycéens et étudiants rédigent au moins un mémoire de recherche sur le COINTELPRO, aRn qu’ils puissent comprendre jusqu’où un gouvernement se proclamant « démocratique » est prêt à aller pour limiter la dissidence et réduire au silence ceux qui osent dire la vérité, aussi courageux que gênants soient-ils. » [viii] L’abus de pouvoir de la part des agences de renseignement américaines constitue aujourd’hui une menace majeure pour la politique américaine. La lecture de Ain’t nothing like freedom devrait également faire partie des programmes scolaires américains.



Traduit de l’Anglais par Willy Chambert Metos Douo



[i] Cynthia McKinney, Ain’t nothing like freedom, Clarity Press Inc, Atlanta, 2013. p 214

[ii] Ibidem Letter to President Bill Clinton Appendix 1 p. 236

[iii] Ibidem p. 203

[iv] Cynthia McKinney et al. The Illegal War on Libya, Clarity Press Inc., 2012.

[v] Cynthia McKinney, Ain’t nothing like freedom, p 173

[vi] Ibidem P 64-65

[vii] Foreword by Cynthia McKinney in Mark Schuller, Humanity’s Last Stand, Rutgers University Press, 202

[viii]Cynthia McKinney,Ain’t nothing like freedomp 219

 
 
 

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